01/12/2014 : Communiqué de presse - L’Observatoire publie un nouveau rapport sur l’industrie cinématographique turque, deuxième marché européen du cinéma en salles du fait de sa croissance

 

Le rapport peut être téléchargé gratuitement en anglais ici.
Une synthèse en français est disponible sur le site de l’Observatoire sous
www.obs.coe.int/country/turkey/film

Deuxième marché européen du cinéma en salles du fait de sa croissance

Cette année, alors qu’il fête son 100e anniversaire, le cinéma turc a vu Winter Sleep (Kış Uykusu) de Nuri Bilge Ceylan remporter la Palme d’or au Festival de Cannes. L’Observatoire européen de l’audiovisuel vient de publier un nouveau rapport sur l’industrie cinématographique turque qui revient sur son histoire dynamique et mouvementée. Après avoir connu une crise profonde à la fin du 20e siècle, le marché turc du cinéma en salles connaît une croissance remarquable de la fréquentation, ce qui le distingue des autres marchés européens – généralement parvenus à maturité – où les entrées stagnent, voire diminuent, depuis les dix dernières années. La fréquentation turque a plus que doublé, passant de 24,6 millions de billets vendus en 2003 à 50,4 millions en 2013. Soit un taux de croissance annuel moyen de 7,4 %, contre une baisse annuelle moyenne de -0,6 % au sein de l’UE. Les recettes brutes des salles turques ont même progressé de 15,4 % par an en moyenne, contre 1,6 % dans l’UE. Seule la Fédération de Russie a enregistré des taux de croissance et des croissances en volume plus élevés ces dernières années.

 

Avec 50,4 millions de billets de cinéma vendus en 2013, la Turquie a renforcé sa position de 7e marché cinématographique d’Europe en matière de fréquentation des salles ; elle n’est dépassée que par les « 5 grands » marchés de l’UE et la Fédération de Russie. Les recettes brutes des salles se sont élevées à 200 millions EUR (505 millions TRY) en 2013. Il s’agit des plus hauts niveaux atteints en Turquie dans l’histoire récente. La croissance des recettes brutes des salles a été largement tirée par un nombre croissant de superproductions locales à très grand succès ainsi que par l’élargissement et la modernisation du parc de salles en Turquie : un grand nombre de complexes de cinéma modernes a ouvert dans les très nombreux centres commerciaux construits au cours de la dernière décennie.

Dans le même temps, le taux de fréquentation des salles en Turquie figure toujours parmi les plus bas d’Europe. Même pour 2013, année record, le nombre d’entrées par habitant ne dépasse pas 0,7. Ce chiffre est à comparer à la moyenne de l’UE qui s’établit à 1,8 billet par habitant. Avec une population de 76 millions d’habitants et une économie en croissance, le marché cinématographique turc devrait ainsi continuer de progresser de 6 à 7 % par an avant d’atteindre la maturité en 2018.

Croissance de la production cinématographique, malgré des niveaux relativement bas d’aides publiques

Stimulé par le succès en salles des superproductions turques et bénéficiant d’aides publiques à la production, le volume de production des longs métrages turcs – coproductions minoritaires incluses – est passé de 16 longs-métrages en 2004 au niveau record de 87 films en 2013 (1), ce qui le classe à la huitième position en Europe.

Cette augmentation de la production est particulièrement remarquable dans la mesure où les aides publiques sont relativement limitées en Turquie. Entre 2007 et 2009, le ministère de la Culture et du Tourisme, principale source de financement public pour les films, a consacré au secteur en moyenne 13,3 millions EUR par an, dont seuls 50 % étaient alloués à la production cinématographique. Le soutien public pour les activités liées au cinéma est ainsi nettement inférieur à la moyenne paneuropéenne de 53,6 millions EUR. En matière de dépenses en activités par habitant, la Turquie a accordé le plus faible montant d’aides aux activités liées au cinéma par habitant de toute l’Europe.

Preuve de l’accent mis par l’industrie cinématographique turque sur son marché national, 90 % des films turcs produits entre 2009 et 2013 ont été entièrement financés par des fonds turcs. Les coproductions majoritaires turques ont représenté 8 % du volume total de production, seules une ou deux coproductions minoritaires turques étant en général produites par an. Le nombre relativement faible de coproductions internationales peut aussi s’expliquer par le fait que les aides publiques ne sont pas actuellement accessibles aux producteurs turcs détenant des participations minoritaires.

La part de marché des films nationaux la plus élevée d’Europe

Le marché cinématographique turc se distingue dans le paysage paneuropéen car il s’agit du seul marché dans lequel les films nationaux surpassent régulièrement les films américains.

En 2013, les films turcs ont représenté 58 % des entrées, suivis par les films américains (38 %), ne laissant que 3 % pour les films européens et 1 % pour les films du reste du monde. La Turquie est ainsi le pays européen où la part de marché des films nationaux est la plus élevée.

Toutefois, pour un grand nombre de films turcs, cette part de marché élevée des films nationaux ne se traduit pas par une fréquentation élevée : entre 2009 et 2013, les 10 premiers films turcs ont représenté en moyenne 79 % du nombre total de billets vendus pour l’ensemble des films turcs. Tout comme leurs homologues européens, de nombreux films locaux peinent à trouver leur public car le système de distribution en salles turc est clairement orienté vers la distribution des superproductions locales et internationales et il n’existe pas d’aide publique dédiée à la distribution et à la projection des films locaux ou des films art et essai.

Une industrie cinématographique régie par le marché, aux niveaux de concentration élevés

D’une manière générale, l’industrie cinématographique est moins réglementée en Turquie que dans la plupart des autres pays européens. En conséquence de la dynamique du marché, les marchés turcs de l’exploitation et de la distribution sont très concentrés. En 2013, la première chaîne d’exploitation du marché, Mars Entertainment (Cinemaximum), représentait 52 % des recettes brutes des salles et 85 % du marché publicitaire en salles, et gérait 26 % des écrans, près de deux écrans numériques sur trois ainsi que tous les écrans IMAX du pays. Il s’agit du niveau de concentration le plus élevé parmi les dix plus grands marchés européens de l’exploitation.

D’autre part, le marché turc de la distribution était dominé par trois distributeurs, UIP, Tiglon et Warner Bros, représentant en tout près de 90 % des entrées en 2013. (2)

Du retard dans le déploiement du cinéma numérique

Dans le domaine du cinéma numérique, la Turquie est clairement à la traîne du reste de l’Europe avec un retard d’environ quatre ans. La conversion numérique n’a pris de l’ampleur qu’en 2013, lorsque le nombre de salles numériques a plus que quadruplé et la pénétration des salles numériques a bondi de 11 à 48 %. Malgré une forte augmentation d’une année à l’autre, la pénétration des salles numériques reste nettement inférieure à celle de l’UE, où environ 87 % de tous les écrans de l’UE étaient numérisés en décembre 2013.

La lente adoption du cinéma numérique est étroitement liée à la disponibilité limitée des options de financement, notamment des régimes VPF, et du manque de soutien public. Même si la disponibilité des régimes VPF semble s’être améliorée en 2014, selon l’association de producteurs SE-YAP, aucun système VPF n’a été adopté par l’ensemble de l’industrie et les obligations liées aux VPF peuvent varier selon les films et les cinémas.

Rapport disponible gratuitement

Le rapport de l’Observatoire est probablement l’analyse de marché la plus complète sur l’industrie cinématographique turque disponible en langue anglaise. Il vise à fournir un bon aperçu de l’évolution et des tendances actuelles de la production, distribution et exploitation des films en salles et de la politique cinématographique du pays, et analyse également l’exportation des films turcs à l’étranger. Mis à part un bref aperçu historique, le rapport se concentre sur les développements majeurs survenus entre 2004 et 2013 et place l’industrie cinématographique turque en perspective par rapport à d’autres marchés européens, présentant des comparaisons lorsqu’elles sont pertinentes et détaillant les différences structurelles, lesquelles sont importantes pour mieux comprendre la façon dont fonctionne le marché cinématographique turc.

L’Observatoire souhaite ainsi fournir un outil d’information précieux pour les professionnels du cinéma international intéressés à en savoir plus sur les structures du marché et les tendances de l’industrie cinématographique turque, par exemple afin de coproduire ou de distribuer des films en Turquie ou de vendre/distribuer des films turcs à l’étranger.

 


Le rapport peut être téléchargé gratuitement en anglais ici.
Une synthèse en français est disponible sur le site de l’Observatoire sous
www.obs.coe.int/country/turkey/film


(1) Antrakt estime, en fait, que 95 longs métrages turcs – dont deux coproductions minoritaires – ont été produits en 2013. En l’absence de tout système officiel permettant d’enregistrer l’activité de production cinématographique en Turquie, ces chiffres sont par nature inégaux et la plupart des professionnels du cinéma se réfèrent généralement au nombre de films sortis, sans parler du volume de production turque.
(2) Tiglon a été confrontée à des difficultés financières en 2014 lorsque, ses dettes n’étant pas remboursées, les créanciers ont cherché à liquider la société. Toutefois, la société poursuit certaines de ses activités commerciales au moment de la rédaction du présent rapport.


Contact à l’Observatoire européen de l’audiovisuel :

Martin Kanzler (Analyste, Département Informations sur les marchés et les financements)
martin.kanzler@coe.int - tél.: +33 (0) 3 90 21 60 00 / 60 11

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