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Interviews réalisées par le service de presse du Conseil de l'Europe à l'occasion de la conférence "Les défis de la transparence dans le secteur audiovisuel"17 janvier 2003, Strasbourg
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Walter Schwimmer : «L'Observatoire de l'audiovisuel, plateforme de la coopération future dans la Grande Europe» |
[17 JAN 2003] En ouverture de la conférence sur ''Les enjeux de la transparence pour le secteur audiovisuel'', qui marquait aujourd'hui le 10e anniversaire de l'Observatoire européen de l'audiovisuel, Walter Schwimmer a estimé que l'Observatoire montre la voie de la future coopération dans la grande Europe.
Saluant la participation active de la Commission européenne dans cet accord partiel du Conseil de l'Europe, il a ajouté que ''l'Observatoire, qui sert de plateforme de coopération dans le secteur audiovisuel, préfigure l'objectif auquel nous oeuvrons dans la perspective de l'élargissement de l'Union et qui pourrait notamment se concrétiser par l'adhésion de l'UE à la Convention européenne des droits de l'homme''.
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André Lange : «L'audiovisuel traverse une crise sans précédent»Responsable du Département « Marchés et financements » de l'Observatoire européen de l'audiovisuel, qui fête ses 10 ans, André Lange précise les raisons de la crise que traverse aujourd'hui le secteur de l'audiovisuel, alors que jamais l'offre n'a été aussi abondante en Europe. |
Question : Avec 10 ans de recul quels sont les changements majeurs dans l'audiovisuel européen?
André Lange : En matière de télévision c'est l'arrivée du numérique, qui a permis de multiplier le nombre de chaînes. Nous en sommes à près de 1200 chaînes à couverture nationale. Lors de notre premier recensement en 1994, nous en avions compté 261 ! Si on y ajoute les chaînes régionales ou locales dans les 35 pays membres de l'Observatoire on arrive à un total supérieur à 4.700. Le second fait frappant est la reprise de la fréquentation des salles de cinéma, qui est revenue à ce qu'elle était il y à 20 ans. Il y a aussi le développement du DVD, qui prolonge l'essor de la vidéo et celui de l'Internet avec les possibilités nouvelles de diffusion de l'audiovisuel. Il y a aussi tout le champ des jeux vidéo, qui n'était qu'embryonnaire quand l'Observatoire est né. Les entreprises européennes représentent aujourd'hui près de 19.000 emplois permanents, rien que dans le domaine de leur développement et de leur édition, sans compter les emplois liés à la distribution. C'est aujourd'hui plus d'emplois que ceux de la production cinématographique et de fiction télé réunis, mais le secteur est en crise et les licenciements massifs commencent.
Question : Dans ce contexte, pourquoi parlez-vous de crise de l'industrie audiovisuelle européenne ?
André Lange : Il y a un paradoxe. D'un côté on enregistre une croissance de la consommation et du chiffre d'affaires des entreprises et dans le même temps, malgré la croissance, depuis deux ans, nous notons une baisse des performances financières de toutes les branches, sauf la vidéo. On a assisté récemment à des déconvenues importantes de grands groupes, voire à des faillites. Le plus frappant est la crise des salles de cinéma, qui sont lourdement déficitaires depuis deux ans. Dans 9 des 15 pays de l'Union européenne en 2000, toutes chaînes confondues, la télévision était déficitaire, essentiellement à cause des bouquets numériques qui ont exigé de gros investissements, mais aussi de l'inflation considérable des droits de programme, en particulier sportifs. Les télévisions financées par la publicité souffrent depuis 2000 de la récession des marchés publicitaires. Cette crise est en train de se répercuter sur les entreprises de production et de distribution. De plus, le secteur public de la télévision lui-même tend à devenir déficitaire. Tout cela forme un ensemble inquiétant.
Question : L'Observatoire européen de l'audiovisuel fête cette année le dixième anniversaire de sa création. Pourquoi, au début des années 90, avait-on ressenti le besoin de créer un tel organisme ?
André Lange : Les origines de l'Observatoire remontent au milieu des années 80, au moment où l'audiovisuel en Europe a commencé à beaucoup changer. Les télévisions privées sont apparues mettant fin au monopole du service public. Les chaînes se sont multipliées. La télévision transfrontière par câble ou satellite s'est développée, posant la question d'un cadre juridique européen. D'autre part, à la même époque, les milieux politiques ont pris conscience de la domination des programmes de télévision américains sur le marché européen. Enfin, les années 80 ont aussi été celles de la crise de fréquentation des salles de cinéma. L'idée de la création d'un observatoire est née dans ce contexte d'une demande, à la fois, des grandes organisations professionnelles, des administrations nationales, des institutions européennes - Conseil de l'Europe d'une part, Commission européenne et Parlement européen, de l'autre. Tous ressentaient le besoin d'un centre de collecte de données économiques et juridiques permettant de comprendre de manière complète, rapide et fiable, la complexité croissante de ce secteur, à une époque où commençaient à se mettre en place des politiques audiovisuelles avec la Convention sur la télévision transfrontière et le Fonds Eurimages, du Conseil de l'Europe, et, dans le cadre communautaire, la directive Télévisions sans frontière et le programme MEDIA.
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Susanne Nikoltchev : «Nous devons reconsidérer le cadre juridique du secteur audiovisuel» |
[17/01/03] Suzanne Nikoltchev, responsable du département de l'information juridique de l'Observatoire européen de l'audiovisuel, a précisé les défis juridiques qui se présentent aujourd'hui dans l'audiovisuel suite à la candidature de 10 Etats à l'UE.
La directive de l'UE sur "Les télévisions transfrontières", a rappelé Mme Nikoltchev, impose que la majorité des programmes diffusés soit d'origine européenne. Or, les Etats d'Europe de l'Est ne disposent pas des moyens financiers suffisants, ni pour l'achat de programmes de divertissement européens, ni pour leur propre production (de 1996 à 2002, la part de la production de films est-européens a été de 0,054 %).
Pour cette raison, a-t-elle souligné, on discute actuellement afin de savoir si la directive a renforcé le film européen ou si le cadre juridique devrait être adapté aux besoins des nouveaux candidats, c'est-à-dire au financement de leur propre industrie du film.
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Bernt Hugenholtz : «Plus de transparence pour lutter contre le piratage» |
Afin d'assurer une véritable protection contre le piratage, la législation sur les droits d'auteur doit être claire et compréhensible. Telle est l'une des conclusions de la conférence «Les défis de la transparence dans le secteur audiovisuel», organisée par l'Observatoire européen de l'audiovisuel à l'occasion de son 10ème anniversaire.
«À partir de 1990, la législation sur la protection artistique n'a cessé de se compliquer pour faire face à l'environnement numérique. Ce sont des réglementations trop lourdes et controversées», a dit Bernt Hugenholtz, de l'Institut du Droit de l'information. On estime que 500 000 films pirates sont échangés chaque jour sur Internet, ce qui a fait dire à Ben Keen, de «Screen Digest» : «Le principal défi d'Internet à Hollywood est le piratage».