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Communiqué de presseStrasbourg, le 9 avril 2002Le déficit du secteur européen de la télévision n'arrête pas de s'aggraver depuis 1998
L'Observatoire européen de la télévision publie le premier volume, intitulé « Economie du secteur audiovisuel européen » de l'édition 2002 de son Annuaire. Pour la première fois, l'Observatoire propose une analyse financière du secteur de la télévision européenne, basée sur la compilation des bilans et comptes de résultats de quelques 350 entreprises de l'Union européenne. Un secteur en forte croissance mais de plus en plus déficitaire Les revenus des entreprises de radio-télévision de l'Union européenne sont passés de 44,7 milliards d'EUR en 1997 à 72 milliards en 2000, soit un taux de croissance annuel moyen appréciable de 11,9 %. Sur la période 1997/2000, les taux de croissance annuels moyen les plus élevés ont été ceux des recettes de téléachat (33,7 %) et des recettes d'abonnements (22,8%). Les recettes provenant de la publicité (radio et télévision) ont augmenté à un rythme de 11,6 % et celles du parrainage à raison de 14,3 % par an. Les recettes publiques (redevance, subventions,...) allouées aux entreprises de radio-télévision ont par contre connu un accroissement beaucoup plus faible (3,3 %). Tableau 1/Graphique 1 : L'évolution des recettes du secteur audiovisuel de l'Union européenne (1996-2000) - en millions EUR
Les actifs des entreprises de télévision sont quant à eux passés de 42,6 milliards d'EUR en 1997 à 51,8 milliards en 2000. Selon les chiffres réunis par l'Observatoire, le secteur européen de la télévision paye lourdement le prix du passage au numérique et de l'accroissement de la concurrence sur le marché des programmes. Alors qu'en 1997, le secteur enregistrait encore un résultat net de 344 millions d'EUR, il est devenu déficitaire à partir de 1998 (pertes de 79 millions) et ce déficit s'est alourdi en 1999 (664 millions) et en 2000 (1 555 millions). Et encore, ces chiffres ne prennent pas en considération les pertes - dont on sait qu'elles sont considérables - du bouquet numérique allemand Premiere Medien, la société contrôlée par Leo Kirch ne publiant pas régulièrement ses comptes. Graphique 2 : Résultats des entreprises de télévision de l'Union européenne (1997-2000) (en millions d'EUR)
La marge bénéficiaire avant impôts de l'ensemble des entreprises, qui était encore positive en 1998 (+1,41 %) est devenue négative en 1999 (-0,49%) et en 2000 (-1,6 %). Graphique 3 : Ratios de résultats financiers des entreprises de télévision de l'Union européenne (1997-2000) (en %)
Les entreprises privées financées par la publicité tirent leur épingle du jeu, mais ont été ébranlées par la récession en 2001 L'Observatoire européen de l'audiovisuel a classé les entreprises de télévision en diverses catégories : entreprises publiques, entreprises privées financées par la publicité, entreprises de télévision à péage diffusant principalement des films, les ensembliers de programmes (c'est-à-dire les plates-formes numériques telles que BSkyB, Canalsatellite, TPS, Telepiù, Via Digital, Viasat, mais aussi les diverses plates-formes de télévision numérique terrestre), les chaînes thématiques et les chaînes de téléachat. Un autre communiqué de presse de l'Observatoire européen de l'audiovisuel analyse plus en détail la situation du secteur public de radio-télévision dans l'Union européenne qui se détériore depuis 1998. Tableau 2/Graphique 4 : Marges bénéficiaires (avant impôts) des diverses catégories d'entreprises de télévision dans l'Union européenne (1997-2000) (en %)
Les entreprises privées financées par la publicité sont les seules qui, dans l'ensemble, tirent leur épingle du jeu. Bénéficiant de la forte croissance du marché publicitaire dans les années 1997-2000, elles ont vu leurs marges bénéficiaires passer de 7,21 % en 1997 à 15,77 % en 2000. Cette tendance positive se trouve cependant ébranlée par la dépression du marché publicitaire intervenue en 2001. Il est encore trop tôt pour tirer un bilan concernant l'ensemble des chaînes européennes, mais les chiffres d'affaires annoncés par les principaux groupes privés sont à cet égard significatifs. Quelques entreprises ont vu leur chiffre d'affaires publicitaire stagner ou progresser faiblement : le chiffre d'affaires publicité TV de RTLGroup a augmenté d'à peine 0,14 %, celui de MétropoleTV (M6) de 2,6 % et celui de Mediaset de 1,5 %. D'autres entreprises ont vu leurs recettes publicitaires assez sensiblement affectées. Ainsi les recettes publicitaires de TF1 ont baissé de 4,7 %, celles de ProSieben/Sat1 de 6,5 %. En Suède, le chiffre d'affaires de TV4 a baissé de 12,7 %. Ce sont les chaînes privées britanniques qui paraissent les plus touchées : le chiffre d'affaires de Carlton PLC a chuté de 23,4 % et celui de Granada Broadcasting de 5,2 %. La situation financière dramatique des plates-formes numériques affaiblit l'ensemble du secteur Les difficultés de Premiere Medien en Allemagne, de Stream et de Telepiù en Italie ainsi que la faillite de ITV Digital au Royaume-Uni ont récemment illustré la situation financière dramatique des plates-formes numériques. Il s'agit d'ailleurs de la catégorie d'entreprises où une analyse complète n'est pas possible, plusieurs des opérateurs principaux (tels que Premiere Medien, TPS, Telepiù) ne publiant pas régulièrement leurs comptes détaillés. Pour les 19 entreprises de l'Union européenne pour lesquelles les comptes sont disponibles, l'Observatoire estime que les pertes nettes annuelles sont passées de 252 millions d'EUR en 1997 à 1,9 milliard d'EUR en 2000. La marge bénéficiaire de l'ensemble de la catégorie est tombée de -12 % en 1997 à - 37 % en 2000. Les chaînes à péage et les chaînes thématiques sont encore loin de l'équilibre La situation financière des chaînes de télévision à péage n'arrête pas de se dégrader. Ce type d'entreprises, encore florissant au milieu des années 90, a vu ses marges s'effondrer à partir de 1997 : la marge bénéficiaire des 21 entreprises considérées est tombée à -4,29 % en 1998 et ne s'est que légèrement améliorée en 1999 et 2000 (-0,97 % et -2,85 %). Les entreprises spécialisées dans l'édition de chaînes thématiques se sont multipliées ces dernières années et l'Observatoire a pu compiler les comptes de 150 d'entre elles. Leurs revenus ont pratiquement doublé entre 1997 et 2000, passant de 1,2 à 2,1 milliards d'EUR, alors que leurs pertes nettes se réduisaient progressivement de 238 millions d'EUR en 1997 à 190 millions en 2000. Bien que toujours fortement déficitaire, leur marge bénéficiaire a tendance à s'améliorer puisqu'elle est passée de -19,8 % en 1997 à -7,71 % en 2000. Neuf systèmes nationaux de l'Union européenne étaient déficitaires en 2000 Les chiffres collectés par l'Observatoire européen de l'audiovisuel mettent en évidence qu'en 2000, neuf des quinze systèmes nationaux de télévision étaient globalement déficitaires. Les situations les plus délicates proviennent des deux pays, Portugal et Espagne où le secteur public, ne bénéficiant pas de la redevance, réalisent des pertes importantes qui, cumulées avec celles des plates-formes numériques atteignent des niveaux considérables : le système portugais avait en 2000 une marge bénéficiaire de -30,16 % et le système espagnol une marge de -14,43 %. Tableau 3/Graphique 5 : Marge bénéficiaire des systèmes nationaux de télévision (1996-2000) en %)
En Italie, les deux principales entreprises de télévision, la RAI et R.T.I. (Groupe Mediaset) ont des résultats positifs - la RAI ayant même été ces dernières années la plus performante des entreprises de service public en termes de résultats financiers. Mais ce sont les pertes des deux plates-formes numériques (Stream et Telepiù) et celles des petites chaînes publicitaires qui rendent l'ensemble du système déficitaire. Deux pays qui étaient traditionnellement considérés comme des modèles d'équilibre télévisuel, la Finlande et le Royaume-Uni, ont vu leur situation se détériorer en 1999 et 2000. en Finlande, en 2000, toutes les chaînes ont réalisé des pertes avant impôts, y compris MTV3, la principale chaîne publicitaire confrontée à la concurrence de la jeune Nelonen, elle-même toujours déficitaire. Au Royaume-Uni, ce sont généralement les entreprises qui sont au coeur du développement de la télévision numérique qui ont essuyé des pertes importantes depuis 1999 : alors qu'en 1998, le Royaume-Uni était encore leader en terme de marge bénéficiaire (+ 8,8 %), les pertes essuyées par des entreprises telles que BSkyB Ltd ou OnDigital/ITV Digital ou British Interactive Broadcasting ont fait chuter la marge bénéficiaire du système national à - 5 % en 2000. La dernière née des chaînes publicitaires analogiques classiques, Channel 5 était elle-même toujours lourdement déficitaire après cinq ans d'exploitation. Et pour ne rien arranger, le BBC Home Service a connu deux années déficitaires en 1999/2000 et 2000/01. A l'inverse, deux pays ont relativement rétabli l'équilibre de leur système : la Suède et la Grèce. En Suède, la marge bénéficiaire du système est passée de -8,7 % en 1997 à -0,9 % en 2000, ce relatif rétablissement s'expliquant avant tout par les meilleurs résultats de l'entreprise de service public, la SVT. La Grèce est passée quant à elle d'une marge négative de -5,5 %en 1997 à une marge bénéficiaire de + 2 % en 2000. Cette tendance s'explique elle aussi par une amélioration des résultats de l'entreprise de service public (ERT) et par l'amélioration tendancielle des résultats des chaînes financées par la publicité. Parmi les grands pays, la France et l'Allemagne affichent les meilleures marges, relativement stables pour la période en 3 et 5 %, avec même une percée à 7 % pour la France en 2000. Mais il faut souligner que ces résultats n'intègrent pas, faute d'information suffisamment précises, les comptes de deux plate-forme numériques largement déficitaires (TPS et Premiere World). La pertinence du bulletin de santé de la télévision européenne et la transparence du marché se trouvent ainsi limitées par le fait que le prix du passage au numérique s'y trouve moins bien chiffré. Une situation préoccupante pour l'ensemble du secteur audiovisuel européen Cet affaiblissement financier généralisé des entreprises européennes de télévision est préoccupant pour l'ensemble du secteur audiovisuel. Les entreprises de télévision constituent en effet la principale source de revenus du secteur et les mauvaises performances financières risquent de se traduire par une moindre capacité d'investissement dans la production. Il est évident que cette situation financière délicate résulte d'une phase historique d'investissements, dont l'importance est certainement aussi grande que celle du lancement de la télévision elle-même après la Seconde Guerre mondiale et celle du lancement des télévisions privées au milieu des années 80. Les retraits successifs du capital des plates-formes numériques de grands groupes historiques de télévision tels que la CLT (aujourd'hui RTL Group), Carlton et Granada mais aussi d'entreprises de télécommunication tels que France Telecom et Telecom Italia, ainsi que les difficultés rencontrées par les groupes Kirch et Canal+ et par les groupes du câble tels que UPC et NTL, illustrent la profondeur de la crise. Les faillites (comme celle de ITV Digital, et celle, possible, du groupe Kirch) ou les fusions (comme celle, en cours, de Stream et de Telepiù) représentent des issues partielles à cette situation financière difficile, en ouvrant la voie à une concentration du marché. La question centrale est à présent de savoir jusqu'où les banques accepteront de continuer à soutenir les quelques rares groupes industriels européens qui continuent à soutenir le pari du numérique. Note méthodologique La synthèse statistique a été menée à partir des déclarations de résultats publiées par les entreprises et réunies dans la base de données AMADEUS (Bureau Van Dijk, Bruxelles), telle que complétée et indexée par l'Observatoire européen de l'audiovisuel. Les comptes utilisés sont les comptes non consolidés, permettant de mieux isoler l'activité de diffusion de programme. Les petites télévisions locales et régionales n'ont pas été prises en considération. Les diverses entreprises de télévision établies au Luxembourg n'ont pu être prises en considération. La part de données estimées pour combler les lacunes dans l'information (généralement dues au fait que les entreprises n'ont pas publié leurs comptes) est marginale. Parmi les différents ratios de performance utilisés dans l'Annuaire, celui de la marge bénéficiaire (avant impôt), obtenu par agrégat des résultats des différentes entreprises, est utilisé dans ce communiqué de presse pour mettre en évidence les tendances lourdes des différentes catégories d'entreprises et des systèmes nationaux. ________________________________________________________ OBSERVATOIRE EUROPEEN DE L'AUDIOVISUEL, Strasbourg, FranceAnnuaire 2002. Cinéma, télévision, vidéo et multimédia en Europe, Edition 2002, Vol.1, « Economie du secteur audiovisuel européen », Observatoire européen de l'audiovisuel, Strasbourg, 2002. Contact : André Lange. Tél.: +33 (0)3 88 14 44 00 - Andre.LANGE@coe.int
Institué à Strasbourg en décembre 1992, l'Observatoire européen de l'audiovisuel a pour mission de collecter, traiter et publier les informations relatives au secteur audiovisuel européen. Cette organisation publique européenne regroupe à l'heure actuelle trente-cinq Etats membres, ainsi que l'Union européenne, représentée par la Commission. L'Observatoire a été créé sous l'égide du Conseil de l'Europe et il oeuvre en collaboration avec divers partenaires, des associations professionnelles et un réseau de correspondants. Outre sa contribution aux conférences, l'une de ses principales activités consiste en la réalisation de publications, de bases de données et de nombreuses pages Internet. |