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Communiqué de presseStrasbourg, le 9 avril 2002Le déséquilibre des échanges audiovisuels entre l'Amérique du Nord et l'Europe ne cesse de s'aggraver
A l'occasion de la publication du premier volume de la huitième édition de son Annuaire, l'Observatoire européen de l'audiovisuel rend public ses estimations concernant les échanges audiovisuels entre l'Union européenne et l'Amérique du Nord. Pour l'année 2000, le déficit Union européenne / Etats-Unis est évalué à 8,2 milliards de dollars, soit une augmentation de plus de 14 % par rapport à 1999.
Graphique 1 : Evolution des échanges audiovisuels entre l'Union européenne et l'Amérique du Nord (1988-2000) - En millions USD
L'évaluation établie par l'Observatoire résulte d'une compilation de données provenant des deux organisations professionnelles américaines (la MPA pour les majors hollywoodiennes et l'AFMA pour les producteurs indépendants) et des données publiées par diverses sources nationales, résultant d'enquêtes auprès des entreprises, pour les exportations européennes. Cette compilation pose divers problèmes méthodologiques mais paraît permettre des résultats plus fiables que la traditionnelle méthode des analyses de flux bancaires classiquement utilisée dans l'établissement de la balance des paiements. L'accroissement des recettes de droits de diffusion TV
L'accroissement du déficit en 2000 provient essentiellement de l'accroissement des recettes de droits TV réalisées par les majors : ceux-ci ont connu un accroissement de 21 %, passant de 2 124 à 2 570 millions de dollars. Les recettes de droit de diffusion des distributeurs indépendants (membres de l'AFMA) ont quant à elles diminué de 5,7 % entre 1999 et 2000 passant de 831 à 784 millions de dollars. Au total, les recettes cumulées des membres de ces deux organisations ont augmenté de 15,9 % passant de 3,8 à 4,4 milliards de dollars. Cette augmentation contraste avec les données en volume sur la diffusion par 101 chaînes de télévision d'Europe occidentale de programmes de fiction importés (films de cinéma et fiction télévisuelle). Ces données, également publiées par l'Observatoire, sont établies chaque année par la société britannique Essential Television Statistics (ETS). Les données d'ETS indiquent en effet que pour la première fois depuis le début de l'observation (commencée sur l'année 1994), le volume de fiction américaine diffusée par les chaînes européenne a diminué : il est tombé de 222 884 heures en 1999 à 213 928 en 2000, soit une baisse de 3,9 %. La part de marché des fictions américaines est ainsi retombée de 71,7 % en 1998 et 71 % en 1999 à 68,6 % en 2000, le niveau le plus bas depuis 1994. Il faut cependant tenir compte de l'augmentation constante de la part de marché des coproductions mixtes entre l'Europe et des pays tiers (c'est-à-dire le plus souvent de coproduction entre un pays européen et les Etats-Unis ou le Canada), qui est passée de 1,8 % en 1994 à 4,5 % en 2000. Ce contraste frappant entre l'évolution des recettes de droits TV des entreprises américaines et la sensible diminution de leur présence sur les écrans n'est pas nécessairement contradictoire. Il faut tout d'abord tenir compte que les chaînes dont la programmation est analysée par ETS sont les chaînes classiques (chaînes de service public, principales chaînes financées par la publicité et principales chaînes "premium" de films). Ne sont donc pas prises en considération les chaînes thématiques, les petites chaînes de films à péage, ni les chaînes régionales. Or tout paraît indiquer que les chaînes de ces trois catégories, en plein développement, recourent assez massivement à des programmes américains. Par ailleurs on peut supposer que l'accroissement de la concurrence résultant de la multiplication des chaînes permet aux distributeurs américains d'augmenter leurs prix de location. Cette hypothèse reste cependant difficile à démontrer car on dispose de très peu d'éléments statistiques sur la "micro-économie" des contrats.
Graphique 2 : Origine des programmes de fiction importés (cinéma + fiction TV) et diffusés par 101 chaînes de télévision de l'Union européenne en 2000![]() Source : ETS pour Observatoire européen de l'audiovisuel L'accroissement des recettes des droits vidéo Le second pôle de croissance des recettes américaines en Europe est celui des droits vidéo. Les recettes collectées par les majors ont augmenté de 21 % en 2000 par rapport 1999 passant de 2 124 à 2 570 millions de dollars. Par contre, les recettes vidéo des distributeurs membres de l'AFMA ont diminué de 21,2 % passant de 416 à 328 millions de dollars. Au total, les recettes des distributeurs américains ont donc augmenté de 14,1 %. Cette augmentation s'explique aisément par la forte croissance d marché vidéo en 2000, année de l'essor du DVD. Bien qu'il n'existe pas de données précises sur les parts de marché en fonction de l'origine des produits vidéos sur le marché européen, il est évident que les majors occupent une position de leader sur ce marché et il est vraisemblable que cette position s'est renforcée à l'occasion du lancement du DVD. La faible augmentation des recettes de distribution en salles
Les recettes des distributeurs américains auprès des exploitants européens de salles de cinéma ont connu une augmentation moins importante : elles sont passées de 1 721 millions de dollars en 1999 à 1 750 millions en 2000, soit une croissance de 1,7 %. Les recettes des majors ont diminué de 2,4 % alors que les recettes des indépendants ont augmenté de 13 %. Cette faible croissance des recettes américaines est assez curieuse. Certes Gladiator n'avait pas atteint en 2000 le succès de Star Wars en 1999, mais selon les estimations de l'Observatoire, les recettes brutes des salles européennes ont augmenté de 5,9 % entre 1999 et 2000 et la part de marché des films américains est passée de 69,3 % en 1999 à 73,7 % en 2000. Peut être le recours croissant des majors à des distributeurs européens nationaux explique-t-il cette différence entre la croissance substantielle des recettes brutes et la faible croissance des recettes nettes. La différence peut également s'expliquer par l'affaiblissement des monnaies européennes par rapport au dollar. Il est probable que les recettes américaines de la distribution dans les salles européennes en 2001 connaissent une stagnation, voire une récession puisque, selon les premières estimations publiées par l'Observatoire, la part de marché des films américains est tombée aux alentours de 66 % en 2001. Les exportations européennes vers l'Amérique du Nord sont en retrait
La mesure des recettes d'exportation des films et programmes audiovisuels européens vers l'Amérique du Nord n'est guère aisée à établir de manière précise. On ne dispose en effet que de mesures régulières que pour les exportations allemandes, françaises et britanniques, mais ces mesures sont établies avec des méthodologies et des indicateurs différents. Les recettes d'exportation européennes en Amérique du Nord étaient estimées à 827 millions de dollars en 2000, contre 853 en 1999, soit une baisse de 3 %. Les entreprises britanniques se taillent la part du lion avec 691 millions de dollars en 2000 contre 705 en 1999 (- 2 %). Les exportations (y compris les recettes de coproduction) de producteurs de programmes de télévision français ont augmenté de 9,6 %, tandis que les recettes des exportateurs français de films de cinéma ont très nettement fléchi en 2000. La croissance des investissements étrangers en Europe
Pour la première fois, l'Observatoire européen de l'audiovisuel propose une évaluation des investissements étrangers dans le secteur audiovisuel de l'Union européenne. L'Observatoire a identifié 264 entreprises audiovisuelles (entreprises de câblodistribution non incluses) établies dans l'Union qui, en 1999, étaient sous contrôle majoritaire d'investisseurs extra-communautaires, contre 234 en 1998 et 162 en 1995. Cela représentait en 1999 un total d'actifs de 15,3 milliards d'EUR, contre 5,5 milliards en 1995. Le produit d'exploitation de ces entreprises est passé de 5,9 milliards d'EUR en 1995 à 12,8 milliards en 1999. Sur les 264 entreprises identifiées en 1999, 239 étaient sous contrôle d'investisseurs états-uniens. Elles représentaient 13,3 milliards d'EUR d'actifs, soit 87,2 % des actifs étrangers et un produit d'exploitation de 11,9 milliards de dollars, soit 93,2 % du produit des sociétés sous contrôle extra-communautaire. Ces investissements s'effectuent à tous les niveaux de la filière audiovisuelle (production, distribution et exploitation cinématographique, édition, distribution et commerce de détail vidéo, chaînes thématiques de télévision).
Tableau 1 : Estimation du déficit des échanges de programmes audiovisuels entre l'Union européenne et l'Amérique du Nord (1995-2000) - Millions USDLes données en italiques sont des estimations de l'Observatoire européen de l'audiovisuel.
________________________________________________________ OBSERVATOIRE EUROPEEN DE L'AUDIOVISUEL, Strasbourg, FranceAnnuaire 2002. Cinéma, télévision, vidéo et multimédia en Europe, Edition 2002, Vol.1, « Economie du secteur audiovisuel européen », Observatoire européen de l'audiovisuel, Strasbourg, 2002. Contact : André Lange. Tél.: +33 (0)3 88 14 44 00 - Andre.LANGE@coe.int
Institué à Strasbourg en décembre 1992, l'Observatoire européen de l'audiovisuel a pour mission de collecter, traiter et publier les informations relatives au secteur audiovisuel européen. Cette organisation publique européenne regroupe à l'heure actuelle trente-cinq Etats membres, ainsi que l'Union européenne, représentée par la Commission. L'Observatoire a été créé sous l'égide du Conseil de l'Europe et il oeuvre en collaboration avec divers partenaires, des associations professionnelles et un réseau de correspondants. Outre sa contribution aux conférences, l'une de ses principales activités consiste en la réalisation de publications, de bases de données et de nombreuses pages Internet. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||