IRIS Spécial

Les volumes publiés dans la série IRIS Spécial abordent des thèmes d'actualité concernant le droit des médias ou les domaines juridiques connexes.

Des thèmes concrets sont traités avec précision et rigueur. La qualité des numéros d'IRIS Spécial tient à leur perspective internationale ou leur angle du droit comparé. Reconnue comme une source d'information fiable, cette série de publications fournit depuis longtemps des faits, synthèses, idées et analyses d'une grande pertinence aux acteurs du secteur audiovisuel ainsi qu'aux législateurs et autres décideurs nationaux et européens. L'Observatoire publie chaque année jusqu'à deux volumes d'IRIS Spécial. Selon le thème, la publication compte 50 à 150 pages. Elle comporte souvent des documents de référence, tels que des textes de lois importants.

 

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DLI IRIS Spécial 2008 - La recherche de contenus audiovisuels

IRIS Spécial 2008 - La recherche de contenus audiovisuels

Auteur: Susanne NIKOLTCHEV (Ed.), Observatoire européen de l'audiovisuel

Publié: 12/12/2008

Non seulement le CERN a donné naissance au Web, mais il lui a peut-être servi de modèle pour créer des quantités astronomiques d’informations. Le CERN devrait produire chaque année plus de 15 millions de giga-octets de données dans le cadre du traitement des centaines de millions de particules subatomiques dans le Grand Collisionneur de Hadrons (LHC), le plus puissant accélérateur de particules au monde, ce qui n’est pas sans ressembler à la masse sans cesse croissante d’informations circulant sur le WWW. Le moteur de ces deux systèmes se trouve dans notre volonté de collecter des informations.

Lors du lancement de la récente expérience du CERN visant à reconstituer le big bang originel, certains critiques ont rappelé que tout ce déploiement technologique n’allait pas sans risque. Certes, les responsables et les chercheurs scientifiques du CERN mettent tout en oeuvre pour sécuriser l’expérience, néanmoins ils reconnaissent aussi qu’un seul esprit n’est plus en mesure de contrôler ou de superviser une expérience de cette ampleur. Par conséquent, la supervision est assurée par une vaste équipe, dont la responsabilité de chaque membre est limitée à une petite partie du projet.

Assiste-t-on à une évolution similaire avec le WWW ? Sommes-nous toujours en mesure de le maîtriser ou avons-nous créé un monstre de l’information qui échappe au contrôle du simple être humain ? Sommes-nous en train d’être submergés par un déluge d’informations ? Toutes ces questions doivent nous amener à réfléchir sur le rôle, voire les rôles essentiels que joue l’informatique dans notre vie :

I. Le volume d’information traité par l’informatique est ahurissant. L’une des contributions de la présente publication indique que les informations créées, stockées et copiées électroniquement en 2008 représentent l’équivalent de trois millions de fois le volume d’informations contenues dans tous les livres jamais écrits jusqu’à présent, en précisant que ce chiffre devrait être multiplié par six dans les deux ans qui viennent. Il est clair qu’aujourd’hui, la recherche d’un contenu audiovisuel pertinent est devenue un défi considérable. Le fait que nous parvenions encore à trouver ce que nous cherchons est dû avant tout aux outils électroniques tels que les moteurs de recherche et les guides électroniques de programmes. Autrement dit, le foisonnement des informations électroniques nous contraint de développer de nouveaux outils au service de la recherche et de nous y fier.

II. Dans une situation où une prolifération de contenus issus de sources très diverses est stockée sur de multiples plateformes et mise à la disposition d’une population d’internautes de plus en plus nombreuse et diversifiée, il devient extrêmement difficile de fournir un système cohérent permettant à chacun d’obtenir des résultats satisfaisants. La recherche fructueuse de contenus audiovisuels est un défi d’une complexité accrue, car la plupart des outils de recherche sont basés sur le texte. Toute approche cohérente visant à rendre les données adressables implique forcément une méthodologie cohérente d’identification et de classement des données. Il faut les classer et les étiqueter systématiquement, exactement comme c’était l’usage pour l’archivage des documents imprimés sur les rayons. Autrement dit, le foisonnement des informations électroniques peut impliquer la nécessité de développer des systèmes universels d’identification des contenus.

III. La facilité avec laquelle on peut placer en ligne ce qu’on veut sur n’importe quel sujet a un impact significatif sur la possibilité de chacun de s’immiscer dans la vie d’autrui. Nous pouvons trouver en ligne les informations les plus extravagantes, voire les plus tendancieuses, mais aussi les plus pertinentes sur tout et sur tous. En même temps, nous pouvons nous-mêmes être la cible de ce type d’informations sans même en avoir connaissance. Autrement dit, le foisonnement des informations électroniques rend impossible tout contrôle sur les informations à caractère personnel.

IV. La nécessité de canaliser et de filtrer le vaste flux des informations disponibles sur Internet pour que chacun puisse y trouver des éléments pertinents risque de se heurter au droit de la liberté d’expression. Lorsque les moteurs de recherche et les guides électroniques de programmes créent des listes de sources pertinentes, dans le même temps ils sélectionnent toujours les informations qui doivent être exclues de cette liste. Autrement dit, l’utilisateur doit-il se satisfaire du fait que la sélection, au sein de ce foisonnement d’informations, soit faite par un tiers et à l’aide de systèmes automatisés ?

V. Considérant le rôle majeur des moteurs de recherche et des guides électroniques de programmes dans la recherche et la consultation des informations, n’y a-t-il pas nécessité de contrôler leur fonctionnement ? Qui intervient, le cas échéant, si une information se trouve exclue sans raison apparente par l’algorithme d’un moteur de recherche ? Selon quelles règles les moteurs de recherche et les guides électroniques de programmes produisent-ils leurs résultats? Autrement dit, le cadre règlementaire européen s’applique-t-il aux outils de recherche de contenus audiovisuels ?

VI. Ce n’est pas par hasard que le World Wide Web est aussi appelé « World Wild Web ». Il semble que les régulateurs se laissent inéluctablement distancer dans leurs efforts pour suivre les développements techniques et qu’ils n’aient jamais la réactivité requise pour accompagner le WWW dans sa progression fulgurante. Que peut-on, ou plutôt que doit-on faire pour s’assurer que la fourniture d’informations en ligne soit conforme au système de valeurs européen ? Comment garantir, par exemple, l’équilibre délicat entre la liberté d’information et le droit à la vie privée ? N’y a-t-il pas un impérieux besoin de réguler ? Les mécanismes d’autorégulation et de corégulation pourraient-ils instaurer ce que le dispositif de régulation classique peine à mettre en place ? Autrement dit, qui peut délimiter, si délimitation il y a, le cadre juridique de la recherche de contenus audiovisuels dans un foisonnement d’informations électroniques ?

Ces six points sont développés dans les six chapitres de ce numéro d’IRIS Spécial en mettant en lumière le contexte juridique dans lequel ils s’inscrivent. Le thème extrêmement complexe de cette publication a également fait l’objet de débats approfondis lors d’une table ronde coorganisée par l’Institut du droit de l’information de l’Université d’Amsterdam (IViR) et l’Observatoire européen de l’audiovisuel en avril 2008. L’essentiel de la discussion est présenté dans la synthèse des débats qui ouvre cet IRIS Spécial.

Nous souhaitons remercier tous les participants à cette table ronde pour leur contribution pertinente à la discussion. La liste des participants est fournie en fin de publication. Nous adressons tous nos remerciements à nos collègues de l’IViR pour leur aide précieuse dans l’organisation et la tenue de cette initiative, ainsi qu’aux auteurs des six articles et de la synthèse des débats. Nico van Eijk et Christina Angelopoulos, d’IViR, nous ont également apportés leur aide en pré-éditant les textes originaux anglais. Par ailleurs, nous rappelons que le succès de cette série IRIS Spécial est également le fait des traducteurs et relecteurs compétents et dévoués. Nous les remercions de l’excellent travail qu’ils ont fourni pour ce numéro d’IRIS spécial.

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