Questions internationales

IRIS Plus 2011-3: L’éducation aux médias

Auteur: Tarlach McGonagle, Institut du droit de l'information (IViR), Faculté de droit, Université d'Amsterdam

Publié: 01/05/2011

La formation continue est un concept bien établi permettant de poursuivre l’étude des disciplines liées à l’exercice d’une profession au-delà de l’obtention d’un diplôme scolaire ou universitaire. Plus une discipline évolue, plus il est nécessaire de se former en permanence. La formation sur le tas permet également de relever ce défi, mais en fonction du niveau de sophistication des connaissances requises, cette solution peut s’avérer inefficace.

Par ailleurs, la formation continue est nécessaire pour conserver la maîtrise des services audiovisuels proposés par les médias actuels. Mais la différence entre la formation profes - sionnelle et la formation aux médias, c’est que la plupart d’entre nous ne possèdent pas les connaissances élémentaires leur permettant d’utiliser le matériel technologique et les services interactifs, ou d’accéder aux contenus désirés. Malheureusement, l’incapacité à utiliser correctement les médias actuels est porteuse de risques, notamment celui de ne pas trouver ce que nous recherchons, d’accéder à des contenus préjudiciables ou de générer des factures indésirables pour les services utilisés. Pire encore, ceux qui n’ont pas les compétences techniques nécessaires en matière de médias sont exclus d’une part importante de la vie d’aujourd’hui, puisque, de plus en plus, ce sont les médias qui déterminent l’univers des divertissements, des connaissances et des services quotidiens.

Il n’est donc pas étonnant que l’éducation aux médias soit devenue un élément incon - tournable de la politique européenne. Mais, comme le démontre l’article de fond de ce numéro d’IRIS, la route est encore longue avant que ce nouveau thème réussisse à s’imposer en Europe. Tout d’abord, les secteurs requérant la mise en œuvre de l’éducation aux médias sont nombreux et exigent de cibler spécifiquement certaines catégories sociales, de développer différentes méthodes d’apprentissage et de les soutenir par un financement approprié, voire, éventuellement, au niveau du cadre institutionnel et juridique. Ainsi, par exemple, il faut impérativement être éduqué aux médias pour savoir quels médias utiliser, être critique vis-à- vis des contenus et profiter pleinement du potentiel des services interactifs. « L’apprentissage des médias » est différent selon qu’il s’adresse à des enfants, des personnes âgées, des utilisateurs privés ou professionnels, ou à des personnes physiquement handicapées. L’acquisition d’un certain niveau d’éducation aux médias peut s’avérer très coûteux si les pays appliquent des programmes spécifiques ; ce problème pourrait être allégé par la mise en place de systèmes transmédias et transfrontières cohérents de classification ou d’alerte. En tout état de cause, il faudra un certain nombre de lois et de règles plus ou moins contraignantes pour faire converger les différentes approches, ou même simplement démarrer une politique d’éducation aux médias.

L’article de fond de ce numéro d’IRIS plus propose une première exploration des différentes approches théoriques de l’éducation aux médias, en présentant les piliers normatifs et les paramètres des instruments juridiques européens qui servent de fondement aux initiatives d’éducation aux médias. La rubrique Reportages présente les récentes évolutions nationales susceptibles d’avoir un impact sur les questions liées à l’éducation aux médias ou visant à favoriser les activités connexes à l’éducation aux médias. La section Zoom expose en détail un exemple concret, choisi pour illustrer comment fonctionne un programme destiné à développer l’éducation aux médias.

Il reste à savoir quand les pays européens parviendront, en tout ou partie, à instaurer une base permanente de programmes d’apprentissage continu assurant une compréhension appropriée des fonctions, des opportunités et des risques liés aux services de médias audiovisuels.

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